Psycho-Savoirs

Les troubles des conduites alimentaires en TCC

Comme leur nom l’indique, les troubles du comportement alimentaire regroupent tout trouble ayant attrait à une alimentation en dehors de ce que l’on considère comme normal, du moins de ce qui est attendu physiologiquement, socialement et culturellement.
 

 
Mais avant de partir sur le trouble, commençons par définir ce qu’est une alimentation non pas « normale » car c’est un concept très flou mais disons plutôt « physiologique », « sociétale ».
 
Une alimentation est efficace lorsqu’elle respecte les besoins physiologiques, qu’elle se  déroule dans un climat de liberté et de plaisir et de surcroit dans un rythme attendu par la culture où l’on se trouve. Les rythmes alimentaires sont  bien entendu tout à fait différents selon les régions du monde.
 
En somme:
– 3 repas par jour avec collation possible à 16h
– Sans restriction vis à vis de tel ou tel aliment
– Manger avec sensations et plaisir.
– Temps de prise entre 20 et 30 minutes.
 
 
Qu’est-ce alors qu’un TCA?
 
Ils sont principalement au nombre de trois: L’hyperphagie boulimique, la boulimie et enfin l’anorexie. Le point commun à ces trois troubles est la crise compulsive alimentaire.
 
L’hyperphagie boulimique
 
La crise simple correspond à ce que l’on appelle l’hyperphagie boulimique.
 
Elle se caractérise par une prise alimentaire en grande voire très grande quantité dans un temps restreint avec de surcroît une perte de contrôle. Ces crises se font la plupart du temps en cachette et il en ressort un fort sentiment de culpabilité .Il y a une réelle impossibilité de s’arrêter.
 
La principale origine de ces crises se trouve dans ce que l’on appelle la restriction cognitive. Qu’est-ce donc que cet affreux terme technique?
La restriction cognitive consiste à restreindre et vouloir contrôler son alimentation plus que de raison (dans le but de maigrir ou de ne pas prendre de poids).
 
C’est LE principal facteur d’échec des régimes yoyo et l’initiateur des crises hyperphagiques. Ainsi la personne mange moins pour maigrir plus. Ceci provoque l’effet inverse : le cerveau se met en mode « recherche de nourriture ». Ceci place aussi le corps en état de faim. Et lorsque l’hypercontrole se fissure, souvent en fin de journée ou lorsque des émotions nous assaillent, la crise surgit et la culpabilité suit. Se déclenchent ainsi deux mouvements d’excès : la crise et la restriction.
 
Soit:
 
HYPERPHAGIE BOULIMIQUE= RESTRICTION+ CRISE + CULPABILITE
 
 

  

 
   
La boulimie
 
La boulimie est une hyperphagie boulimique à laquelle l’on ajoute des comportements compensatoires comme par exemple se faire vomir, prendre des laxatifs ou encore faire une activité physique élevée dite « compensatoire » (plus de 30′ par jour, en lien avec l’idée de perdre du poids).
 
En plus des facteurs d’entretien cités dans l’hyperphagie boulimique, ajoutons ici que les compensations agissent aussi comme de puissants facteurs de maintien du trouble, « je peux faire des crises puisque je compense ».
 
Sauf que ces compensations ont leurs inconvénients et renforcent les crises. Un cercle vicieux se crée (les vomissements entrainent la faim qui entraine les crises). De plus, en vomissant, la personne vomit des nutriments essentiels au corps ce qui accentue l’état de dénutrion. C’est une fausse solution car lorsque l’on vomit, une partie des sucres rapides est passée dans le sang.
 
En somme:
BOULIMIE=  RESTRICTION + CRISES + VOMISSEMENT + CULPABILITE
 
 
L’anorexie
 
L’anorexie est une boulimie mais pour laquelle l’indice de masse corporelle passe en dessous de 17.5. Ce seuil est important car, de part le facteur dénutrition, le corps risque de présenter des maladies voire dans des cas graves, le décès de la personne.
 
En effet, le corps est en souffrance, il ne possède plus assez de réserve pour fonctionner. Le vomissement occasionne une perte importante de nutriments (notamment le potassium, nécessaire au cœur) non compensée par l’alimentation. Ce trouble requiert une prise en charge globale et pluridisciplinaire notamment médicale.
 
La psychologie des personnes atteintes de boulimie est également différente.La phobie de prendre du poids est un facteur de maintien du trouble mais au prix d’une énorme souffrance.
 
En somme
ANOREXIE= BOULIMIE + IMC<17.5 ET RISQUE MEDICAL
 
 
Je m’arrêterai là pour la description des troubles, vous trouverez en fin de page des sites plus documentés sur le sujet.
 
Comment prendre ces troubles en charge en TCC?
 
Tout d’abord posons le théorème comme suit:
 
Le TCA n’est pas un problème pour ces personnes mais avant tout une solution, La solution à l’angoisse, La solution à la maitrise du poids, La solution au mal être: La solution pour être.
 
Quoi de plus normal que de manger quand on est triste? souvenez vous de Bridget Jones dans son canapé avec son litre de glace!  Quoi de plus normal que de se faire vomir pour ne pas prendre du poids! Ces comportements sont des solutions… au début, à court terme seulement…
 
Le problème est qu’ils sont LA SEULE solution au mal être. Là où d’autres pourraient varier entre le sport, les copains, internet ou la rando, d’autres n’ont que l’alimentation pour remédier à leur souffrance… d’autres pour qui l’alimentation devient une souffrance.
 
Nourriture à profusion et diktat de la minceur cohabitent dangereusement. L’alimentation dépasse alors le simple fait physiologique.
 
La première démarche va être alors de développer d’autres sources d’existence, d’autres moyens pour apaiser sa souffrance mais cela ne suffit pas.
 
Si le TCA persiste c’est qu’il s’auto-entretient comme le montre le modèle de Fairtburn:
 
 
Le cercle infernal: Je me trouve trop gros(se), me restreins alors, je suis dénutri(e) et fais une crise, je prends alors du poids ce qui rend le poids encore plus important dans ma vie au point où j’en viens à compenser mes crises par des vomissements puis aggrave ma dénutrition et mon image de moi…. inutile d’en dire plus, le piège se referme.
 
 Ainsi perdre du poids cause une souffrance mais lorsque que l’on l’obtient la souffrance continue pour ne plus le perdre.
 
Le programme de prise en charge en TCC est très structuré et comporte des étapes essentielles pour retrouver une alimentation sereine. Car l’objectif premier n’est pas de perdre du poids mais bel et bien de soigner ce trouble qui par la suite pourra faire place à un réquilibrage alimentaire pour perdre des kilos.
 
La TCC soigne les TCA mais n’a pas pour but de faire perdre du poids.
 
 
Les étapes de la thérapie
 
    1. L’auto-observation: Apprendre à reconnaitre les situations déclenchantes, les pensées et émotions qui se suivent ainsi que les pensées post crise. L’auto-observation concerne aussi le carnet alimentaire afin de comprendre où sont les lacunes car on prend souvent du poids car l’on ne mange pas assez !
    1. La phase d’alimentation rationnelle 3 repas, dans les temps, dans le plaisir!
    1. Les activités alternatives, apprendre autre chose que de faire des crises pour obtenir un peu de plaisir… casser l’habitude comportementale
    1. Les crises en question : Apprendre à gérer, délayer, limiter les crises
    1. L’analyse du discours intérieur, la thérapie cognitive des pensées facilitatrices. Par exemple: « il faut que je mange », ou bien « je suis nulle »
    1. Phase de reconquête d’une alimentation libre : à bas la restriction cognitive !!
  1. Travail spécifique éventuel sur les situations déclenchantes, gestion du stress, dépression ou affirmation de soi
 
Comme dans toutes les thérapies TCC, nous évaluons, à l’aide de questionnaires, les progrès et stoppons la thérapie lorsque les objectifs fixés sont atteints.
 
EXERCICE PRATIQUE
 
Seriez-vous d’accord pour faire un petit exercice d’illustration de la restriction cognitive?
 
  • Fermez les yeux et, durant une  minut e, je vous interdis de penser au Nutella!
  •     Noter l’effort que cela vous a couté et ce que vous avez ressenti.
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  • Maintenant fermez les yeux et je vous ordonne durant une minute de penser au Nutella!
  •    Où en est la pensée « Nutella » au bout d’une minute?

Cet exercice montre que plus l’on cherche à éviter une pensée plus celle-ci revient à nous. C’est la restriction cognitive.
 
Ce phénomène s’explique tout à fait d’un point de vue des neurosciences (mais je vous en fais grâce)
 
 
Voici pour les TCA, j’espère une nouvelle fois avoir été assez clair. Bien évidemment cet article est très réducteur puisque résumé et  je suis à votre disposition pour discuter de telle ou telle chose sur ces TCA. Que les personnes qui souffrent de ces troubles et qui liront ne s’offusquent pas des raccourcis, ils sont volontaires afin d’être de le plus compréhensible.
 
A bientôt
 
YD
 
Le mois prochain…. TCC et anxiété.
 
Sites et ouvrages recommandés
www.gros.org
Faire face à la boulimie, Faire face à l’anorexie. Dr Alain Perroud
Mangez en paix, Gérard Apfeldorfer
 

 

 

Psychologue aux multiples influences je base ma pratique de prise en soin sur la thérapie d'acceptation et d’engagement, la psychologie positive ainsi que les thérapies cognitivo-comportementales. En institution, en cabinet de ville, en formation professionnelle ou encore en tant que Blogueur ma vision de la personne en souffrance est bien celle d'une personne non pas "malade" mais plutôt "coincée": En devenir. C'est ainsi à travers une pratique mêlant psychologie, philosophie, humour et métaphores que je voue mon activité professionnelle à aider la personne à avancer vers ce qui compte pour elle.

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