Psycho-Pratique

Comment se libérer de ses obligations en un clin d’oeil

Bonjour à toutes et à tous,


Il faut que je perde du poids, il faut que j’emmène le petit chez le médecin. Il faut que j’arrête de fumer, il faut que j’invite ma belle mère à déjeuner. Mais aussi, je dois arriver à l’heure, je dois manger 5 fruits et légumes, je dois prendre soin de moi…je dois / il faut, il faut que / je dois. Ouf…..!!! Que d’obligations!


Cela vous parle? Bien évidemment.

L’enfer du devoir


Cette attitude, en psychologie, s’appelle le « shouldism » de l’anglais i should, je devrais. Elle consiste alors à commencer toute planification d’action par je dois ou il faut que.


Mais en fait, qui arrive durablement et sereinement à avancer avec des il faut que?Peu de monde et pourtant cela dure depuis quelques années voire plus. D’où nous vient cette fâ

cheuse tendance à nous placer sous l’égide du tout devoir? Inutile de ménager le suspens, voici une des premières origines:

Tu ne commettras pas d’adultère
Tu ne commettras pas de viol
Tu ne commettras pas de meurtre
Tu ne porteras pas de faux témoignage
Tu ne convoiteras pas…

Je vous fais grâce des cinq suivants.

Et voici l’ennemi numéro un….

La TO DO LIST. 

En anglais ça passe mieux mais au fond n’est-ce pas triste de passer sa vie à faire son devoir? Et où finissent-elles ces To List? En culpabilité? 
Humm secouons tout cela, allez en route!

Tu dois, Sinon?

Voici une des clés du pourquoi ce processus n’est que très peu fonctionnel dans la vie courante. Il comporte de sombres et sourds implicites: Il faut que….sinon? Exemple:

 Il faut que je fasse ma comptabilité sinon… sinon il va m’arriver des problèmes. Je dois toujours être gentil.le avec les gens sinon je ne suis pas une bonne personne. Il faut toujours que je m’occupe de mes enfants sinon je ne serai pas une bonne mère ou un bon père. 

Vous l’aurez remarqué, le il faut que comporte toujours un implicite négatif. Ce qui est même un euphémisme tant la condition sous entendue concerne notre être entier:

être ou ne pas être une bonne personne.


Une seconde origine est bien sûr notre éducation. Qu’est-ce que nous avons pu en entendre des il faut que (à commencer par il faut que tu ranges ta chambre :-). Cette attitude nous place et nous renvoie alors directement en enfance. Être ou ne pas être un bon enfant.

Il faut que je dise Bonjour, Merci, que je range ma chambre, que je sourie, que je travaille bien à l’école, que je me brosse les dents le soir, que je ne tape pas mon frère ou ma sœur, que je ne mange pas trop de bonbons…. sinon? Sinon je sais bien ce qui arrive au Petit Poucet s’il n’est pas sage…. 


Être ou ne pas être. Là est la question (cruciale) des il faut que.


Effectivement, engager une action avec un il faut que c’est alors la réaliser d’une position d’enfant et de surcroit avec la menace d’une punition. En psychologie comportementale cela s’appelle agir sous stimulus aversif (sous le coup de la peur du bâton). Or, agir ainsi,  fait appel à notre cerveau primaire, reptilien, qui a pour seul moyen d’action trois comportements: Fuir, se figer, combattre. Trois possibilités ça fait un peu juste non?

Se placer sous le coup de la menace bâton marche assurément mais cela ne dure jamais et pour une bonne part cela fait l’effet inverse…vous la rangiez votre chambre vous?

Avec des il faut que tout devient une obligation même les choses qui pourraient être plaisantes se drapent d’un voile terne, triste et trouble. Notre liberté d’action sombre à mesure que cette incantation maléfique opère.

 



Il faut que je me lève. Il faut que je fasse mes bagages, que j’appelle un taxi. Ensuite il faut que je prenne l’avion. Il faut que je prenne mon maillot de bain et mes lunettes de soleil. A ce moment là je devrai me mettre de la crème et me mouiller la nuque avant de plonger….

SINON?




Oui oui je vous l’ai annoncé tout devient contrainte 😉

 Mais, le problème n’est pas tant dans le il faut que dans la rigidité et la force de la règle qui est sous tendue. En effet, il faut que mon travail soit irréprochable ne pique pas de la même manière si l’implicite est « sinon cela signifie que je suis nul.le » comparé à  « sinon je devrai le refaire ».

Et vous quel est votre sinon?

Le poids des mots le choc de l’illusion



Avec ces deux ou trois mots, la vie peut vite ressembler à un lourd fardeau que l’on se traine jusqu’au trépas. En effet, le « shouldism » nous donne la sensation de ne pas avoir le choix. Combien avons nous prononcé, combien de fois avons nous pensé, combien de fois avons nous entendu Je n’ai pas le choix!!!. Pas le choix, vraiment ? Pas si sûr. En effet, cette conception est fausse. Oui oui fausse, démonstration.

Nous ne pouvons pas ne pas choisir. Effectivement, ne pas choisir c’est choisir de ne pas faire de choix. Avec un exemple ce sera plus clair.

Julie doit prendre soin de ses enfants. Elle doit (rassurez vous je n’oublie pas le père, changez par Julien si vous le souhaitez 😉 les laver leur donner à manger les habiller. Il faut qu’elle les amène à l’école et leur fasse faire leurs devoirs (tiens donc ça ne formate pas des enfants au devoir ça?). Est-elle obligée? Selon elle oui « je n’ai pas le choix » se dit-elle. Or, rien ne l’y oblige puisqu’il y a autre possibilité. En effet, elle ne prend pas soin de ses enfants, ne leur donne pas à manger, ne les habille pas, ne les lave pas …etc. Cette solution existe vous êtes d’accord avec moi. Les enfants seront placés et Julie ne pourra plus les voir certes mais cette possibilité existe. Julie fait donc un choix, celui du bien être de ses enfants mais rien ne l’y oblige de fait. En revanche, son sentiment d’obligation est lui bien réel puisque tyrannisée par l’enfer du devoir.

L’obligation est donc une illusion, nous ne sommes obligés en rien. Ceci est dit vous pouvez jeter vos obligations aux orties.

Fin de l’article, bonne nuit…




C’est effectivement la fin des obligations mais pas de celui de l’enfer ou de l’art des choix (selon où vous habitez) car choisir c’est renoncer. Encore un peu de patience vous avez fait la moitié du chemin pour vous libérer de vos obligations (promesse de cet article)

Il n’y a ainsi pas d’obligations mais bel et bien que des choix où notre liberté s’en trouve soudainement ravivée.

 Soyez résolus.es de ne plus servir et vous voilà libres

Étienne De la Boétie

 

De l’obligation au choix, renverser ses valeurs

Nous sommes ainsi tous drogués.es à ce que Nietzsche appelle la Moraline. En effet, cette drogue est une sorte d’addiction à la morale soit: faire les choses pour être une bonne personne (c’est un grand raccourci mais qui ici nous ira bien). Le problème de la Moraline est que comme toute drogue, toute addiction, elle nous enlève notre liberté d’agir, de choisir, nous venons de le voir. Second inconvénient, c’est que nos valeurs originelles fonctionnent en termes de Bien et Mal soit en tout ou rien ce qui est, vous en conviendrez, assez rigide pour avancer dans la vie.

Je dois , Il faut….. Je choisis? Quelle différence feriez vous alors si vous remplaciez le début de vos phrases par un je choisis plus en adéquation avec la réalité? Ne serait-ce pas un peu moins lourd?

JE CHOISIS

La question demeure alors mais que choisir? Faut-il réellement jeter toutes nos obligations à la façon du film Into the wild ou encore à la manière de Jean-Paul Belmondo Itinéraire d’un enfant gâté? Ne risque-t-on pas de tomber dans un égoïsme? Assurément non.

Bien sûr que non et, pour tout vous dire, vous n’allez rien changer à vos actions (du moins si vous le choisissez ainsi) mais simplement leur donner un autre sens.

En effet, la solution pourrait alors se trouver dans ce que Nietzsche appelle le renversement des valeurs. Renverser les valeurs c’est tout d’abord les faire siennes,  non plus sous la tyrannie du Bien et du Mal mais plutôt sous l’égide du Bon et du Mauvais. Bon et Mauvais pour soi, pour l’autre, pour le monde. Mais surtout, ce n’est plus agir sous la menace virtuelle d’un destin mauvais mais bel et bien s’engager dans le moment présent en fonction de ce qui est important pour soi. Il n’y a ainsi pas de bon ou de mauvais en soi, il n’y a que des contextes ou telle ou telle action est bonne ou mauvaise. Renverser les valeurs c’est selon ce philosophe, pourtant Germanique, mettre de la progressivité, de la nuance tel le Ying et Yang.

Se libérer de l’enfer du devoir en cinq points

Ainsi, identifier ses valeurs c’est prendre conscience de pourquoi l’on fait ce choix. . Exemple:

Comme chaque année nous arrivons à la fin mars et Il faut que je fasse ma comptabilité, je n’ai absolument pas le choix. C’est un exemple personnel mais, dans l’exercice suivant,  libre à vous maintenant d’en prendre un des votres. Effectivement, on pourrait dire que je n’ai pas le choix pourtant je choisis de faire ma compta parce que la perspective d’une amende me plait encore moins. Nous sommes donc sous le coup de la peur du bâton. Mais on pourrait aussi se dire: 

1 – Qu’est-ce qui est important pour quoi dans le fait de faire ma comptabilité?. Ou encore, « Lorsque je m’imagine en train de faire la comptabilité » de quelle qualité je fais preuve?

 Réponse: d’abnégation, de courage, de patience, de dépassement de soi (qu’est ce qu’on ne ferait pas pour se motiver 😉


  2- Et répondre à cette question « est ce important pour moi de faire preuve de (notez ces qualités) dans la vie?
3- Est-ce que je choisis cela ou bien est-ce pour moi une valeur imposée? 

  4- Qu’est-ce que je ressens lorsque je fais preuve d’abnégation, de patience et de courage?

Comment percevez vous votre tâche ingrate maintenant? Personnellement, depuis que je sais que je fais preuve d’abnégation de courage et de patience en faisant ma comptabilité je ne la vis plus de la même manière. Cela m’est toujours désagréable et anxiogène mais à côté de ces deux sentiments vient s’en placer un autre, celui de la satisfaction d’agir en accord avec soi: Par choix.




Choisir et prendre conscience que l’on choisit d’agir en direction de nos valeurs nous place alors sous l’effet de la carotte et stimule notre créativité et avec quelle force! A l’inverse de la peur du bâton le je choisis nous ouvre le champ des possibles en terme de comportement. Observez ce que l’être Humain a pu réaliser en tant d’années…



Pour aller plus loin sur le domaine des valeurs et afin de mieux identifier ce qui est important pour vous dans la vie cet article est fait pour vous (ici.

 

Une journée de choix ou une journée d’obligation?

Si vous n’êtes pas encore convaincu.e de la force de ces deux mots il faut que / je choisis voici un petit exercice pour la fin ?

1 Fermez les yeux et imaginez toutes les actions que vous avez réalisé hier depuis le moment où vous avez ouvert les yeux en faisant précéder l’action par « il faut que ».  Il faut que je me lève, il faut que je m’habille…. jusqu’au soir à  « il faut que je me couche et ferme les yeux ».

2 Revenez en imaginaire au moment de votre réveil et prononcez les mêmes actions dans votre tête mais cette fois-ci précédées de « je choisis ». Je choisis de me lever, je choisis de m’habiller, je choisis de me coucher…etc.

3 Prenez bien le temps de prêter attention à ce que vous ressentez dans votre corps lors de ces deux options.

4 Alors qu’est-ce qui est le plus lourd? 1kg de « il faut que  » ou 1 Kg de « je choisis »?. Pourtant vous observerez que ce sont bien les même actions. Quantité égale, ressentis différents?

Je vous l’avais promis, un simple clin d’œil suffit pour changer ses obligations en occasions.

Et quitte à se dire je dois ou je ne dois pas autant s’en faire un bon Rock…

Ce ne sont pas les choses qui posent problème mais le regard que l’on porte sur elles. Epictète



J’espère une nouvelle fois que vous aurez pris autant de plaisir à lire cet article que j’en ai eu à l’écrire.


Que la force du choix soit avec vous!


Yannick

Psychologue aux multiples influences je base ma pratique de prise en soin sur la thérapie d'acceptation et d’engagement, la psychologie positive ainsi que les thérapies cognitivo-comportementales. En institution, en cabinet de ville, en formation professionnelle ou encore en tant que Blogueur ma vision de la personne en souffrance est bien celle d'une personne non pas "malade" mais plutôt "coincée": En devenir. C'est ainsi à travers une pratique mêlant psychologie, philosophie, humour et métaphores que je voue mon activité professionnelle à aider la personne à avancer vers ce qui compte pour elle.