Méditation de pleine conscience,  Psycho-Philo,  psychologie positive

Pour ou contre les vœux?

Ce début d’année 2019 est l’occasion de souhaits. Les débats font alors rage entre les partisans des vœux et ceux qui les trouvent superficiels et sans intérêt.

Observons ce mois ci comment faire fructifier et déminer les pièges des souhaits et autres vœux. Alors, pour ou contre les  vœux d’une belle année?

Commençons ainsi par explorer en trois points le camp des anti vœux : Ceux qui pensent que souhaiter c’est  faire preuve de naïveté car souhaiter c’est un peu comme croire au père Noël. Une affaire de croyance divine.

 

Souhaiter ?

1- Attendre c’est nier

Lorsque nous souhaitons pour nous ou pour les autres une bonne année c’est s’attendre à quelque chose. C’est ainsi espérer. Or, un auteur (désolé je n’ai plus son nom) disait que l’espoir est la haine du réel. Espérer c’est quelque part espérer plus ou mieux et, par contraste, nier ce qui se passe déjà bien. Apple sait très bien faire naitre chez nous des attentes qui nous font considérer ce que nous avons pour obsolète. Obsolescence inoculée. Oublier ce que nous avons déjà  (oublier ce en quoi 2018 était chouette) et nier en quoi notre situation est (aussi) bonne c’est organiser sa frustration.

2- Attendre, c’est se projeter

Espérer, souhaiter, c’est également se projeter et quitter l’instant présent. C’est alors que les bouddhistes entrent en scène et nous invitent à lâcher nos attentes. Savoir se contenter de ce qui advient et lâcher ses attentes donc ne rien désirer, c’est alors jouir de ce qui est déjà là sous nos yeux. Cette attitude nous évite alors la souffrance de la déception ou de la frustration de ce qui aurait pu ou dû être.

 

 

3- Attendre n’est pas agir

Nous libérer de ces attentes c’est alors nous orienter vers le réel lieu du contrôle, nos actions, notre capacité à ré-agir face à ce que nous présentera cette année 2019. C’est bien ce que nous savons faire depuis 400 millions d’années. S’adapter et faire feu de tout bois.

Ne serait-il pas souhaitable de souhaiter à une personne d’agir ou de réagir de la manière adaptée plus que d’espérer, telle une pensée magique, que les choses nous arrivent comme arrive le hasard? Prendre ce point de vue c’est alors se centrer  sur nos actions, plus que sur le hasard, lieu d’impuissance. En effet, espérer c’est se poser dans une posture passive. Une façon de se livrer au destin.

Agir comme la personne que j’aimerais être dirions nous en ACT. Agir en cohérence avec nos valeurs et en direction de nos proches. Une fidélité à soi. Cette notion se rapproche alors des résolutions, ce que nous nous engageons à faire. Ceci est intéressant mais soulève d’autres questions abordées ici l’an dernier : Comment changer? Les clés pour s’engager

Le moment présent et se centrer uniquement sur ce quoi nous avons du pouvoir c’est bien mais l’espoir est-il si mauvais? Effectivement, les bouddhistes sont sympas mais le moment présent nous empêche alors d’anticiper. Or, anticiper, prévoir, est qu’on le veuille ou non nécessaire. C’est aussi l’impératif catégorique de notre monde actuel.

 

Observons au contraire, maintenant, comment les souhaits et cette pensée magique d’un avenir radieux peuvent nous être grandement utiles.

 

Souhaiter!

Et si la promesse de l’aube, la promesse d’une année magnifique étaient? , au contraire d’une ascétique satisfaction , le meilleur chemin?

Aristote nous vient alors en aide. En effet, pour lui c’est parce que l’être humain désire qu’il agit et s’épanouit. L’espoir, le rêve, sont donc le préliminaire à l’action. 2019 sera ainsi parce que nous aurons espéré. Pour lui et à l’opposé des bouddhistes, c’est bien le désir qui est la causalité de nos actions et non le problème.

 

Vers l’infini et au delà

 

L’espoir est alors comme une ligne de fuite. Il agit alors comme une invitation, une occasion: un champ des possibles. Il libère alors notre créativité sans nous alourdir du fait d’atteindre ou de réussir quoi que ce soit. En effet, l’erreur étant parfois de s’attendre à ce que nos espoirs se réalisent. Non, ici nous parlons de Rêves, sans savoir si nous les atteindrons. Ceci nous procure alors une énergie formidable (un bon cocktail à base de sérotonine, d’ocytocine et d’endorphine, gratuit) et nous emmène parfois plus loin que nous l’aurions pensé.

 

Buying a stairway to heaven

Led Zep’

 

 

Et pourquoi pas fromage et dessert?

Heidegger nous offre alors une solution de compromis, le en même temps Macronien 😉 (bien emprunté à Edgar Morin et la philosophie asiatique). Prenons tout! L’art du moment présent, l’espoir comme moteur et le passé aussi (ce passé que nous sommes si pressés d’oublier).

En effet, Heidegger, lui, inscrit le moment présent dans une ligne du temps à savoir:

  • Se souvenir du passé comme une base, une expérience, un peu comme être conscients d’être assis sur une pile de livre: l’expérience.
  • L’espoir est alors pour l’avenir comme une part de rêve qui nous tire plus en avant.
  • Le moment présent est le seul lieu où se mêlent expérience et espoir pour guider nos actions.

Souhaiter une bonne année c’est ainsi être conscient de la précédente, espérer du futur mais aussi se rappeler que seules nos actions comptent et ce n’est que sur elles que nous avons du pouvoir. On prend tout, on ne laisse rien!

 

Apprendre du passé, vivre dans le présent, espérer du futur

Albert Einstein

 

Ainsi, je terminerai cet article (avant le petit exercice habituel) par cette métaphore, une fois de plus chuchotée par la Nature.

 

L’arbre ce maitre du temps

Prenez un arbre. Il est le résultat du passé, en témoignent ses racines profondément ancrées (nos ancêtres). Ces cernes, accumulées au fil des années et qui gardent trace de ce qui s’est passé (froid, sécheresse…etc), en témoignent également. L’arbre se construit à partir du passé.

L’arbre est aussi moment présent, car, à travers les quatre saisons il n’est jamais le même qu’à l’instant passé. Le sommet de ses branches est la pure essence de ce moment présent. Il n’y a pas d’autre attente qu'(H)être ici ,là, profiter de ce qui advient, un rayon de soleil, une bourrasque et vivre avec et s’en satisfaire. Agir, croitre, s’épanouir.

Enfin, l’arbre est aussi projet, un devenir, un rêve d’arbre majestueux et impérial. Or, cet espoir le tire vers les cieux, vers le ciel. Vers l’infini et au delà.

Au delà effectivement, car, une fois mort, l’arbre renaitra par ces fruits. Il donnera vie à d’autres arbres comme lui même a été le fruit d’autres avant lui (le futur est ainsi un passé qui continue).  Au delà également car une fois mort, cet arbre est bel et bien dans un devenir nouveau, une table? une charpente? un abri pour quelque animal?

Nous sommes tels l’arbre, des êtres avec un passé dont chaque jour nous nous servons, l’expérience. Le présent est seul moment où nous respirons, nous buvons, nous aimons. Le futur est notre devenir, notre trajectoire que nous pouvons rêver, imaginer.


Ainsi, pourquoi ne pas profiter des vœux pour à la fois rêver, souhaiter le meilleur, le plus fou mais aussi prendre le temps de regarder en arrière et venir s’asseoir dans le moment présent pour s’engager dans cette nouvelle année?


Se nourrir du temps passé, présent et à venir

En effet, pour cette année peut être pourriez vous prendre une feuille que vous garderiez tout au long de l’année ou plus simplement ouvrir votre mémoire et noter dans votre tête:

Les 3 kifs du passé 2018

Qu’emporterez vous de cette année 2018. Qu’avez vous appris, qu’avez vous kiffé que vous souhaiteriez revivre toute votre vie tel un éternel retour Nietzschéen?

Les 3 kifs de l’avenir

Quels sont vos rêves pour cette année 2019?

Les 3 kifs de là, de 2019

Là ici dans ce moment présent, cette journée, que kiffez vous? Entrainez votre capacité à percevoir le moment présent.

 

De cette façon vous n’aurez pas le spleen des années qui passent. Vous aurez, à la fin de cette année 2019, le sentiment de l’avoir vécue, pleinement présent.e, et quitterez ce sentiment du temps qui passe. Vous aurez enfin cette conviction, ce sentiment que le meilleur est et sera toujours devant: Tel un Arbre 😉

 

Pour aller plus loin sur ce temps qui passe et nous dépasse (et après lequel alors) nous courrons lisez ceci Courir après le temps

 

A bientôt

 

Yannick

 

 

 

 

Psychologue aux multiples influences je base ma pratique de prise en soin sur la thérapie d'acceptation et d’engagement, la psychologie positive ainsi que les thérapies cognitivo-comportementales. En institution, en cabinet de ville, en formation professionnelle ou encore en tant que Blogueur ma vision de la personne en souffrance est bien celle d'une personne non pas "malade" mais plutôt "coincée": En devenir. C'est ainsi à travers une pratique mêlant psychologie, philosophie, humour et métaphores que je voue mon activité professionnelle à aider la personne à avancer vers ce qui compte pour elle.

Un commentaire

  • Merme

    Merci pour le travail du kif ! Ma fin d’année 2018 a été un peu rude. Ce travail du « Kif 2018 » m’a aidée à relativiser.
    Continuez !
    Continuons ! (Un des kif de 2019…)
    Sophie

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