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Savoir faire face au sentiment d’injustice

Bonjour à toutes et à tous,

 

L’injustice est un  sentiment qui vous tord parfois le ventre? La pensée « c’est pas juste » vous est bien connue? Une injustice et vous accourez? Sans nul doute vous faites partie du club des justiciers et justicières.

Or, je ne pense pas trop m’avancer en disant qu’être justicier.e n’est pas de tout repos et surtout que l’injustice est un sentiment qui peut être handicapant.

Vous l’aurez compris, parlons d’injustice ce mois-ci. En route.

 

Le couple Justice/Injustice, Dr Jekyl et Mr Hyde

 

Comme souvent c’est la façon dont nous percevons les choses qui nous fait souffrir. Alors, commençons un rapide tour d’horizon sur cet infernal duo Justice/Injustice.

A ma gauche, La Justice. C’est une institution, elle représente les citoyens et c’est elle qui rend la justice. C’est également l’une des quatre vertus cardinales selon Aristote (avec le courage, la prudence et la sagesse). Autant vous dire que cette notion ne date pas d’hier et que bon nombre d’Hommes et de philosophes s’y sont penchés (abondamment cités dans cet article). 

Cette vertu est censée guider nos actions comme autant d’actes d’égalité, d’équité et de conformité au droit. C’est ainsi le pouvoir de reconnaitre et de faire respecter les droits fondamentaux pour une vie commune.

A ma droite, L’Injustice. Ce n’est pas une institution mais bel et bien un acte transgressant les droits et l’équité dont nous avons parlé. C’est dont nous sommes victime. L’injustice est aussi un sentiment, socialement construit…et c’est là que l’on sait que l’injustice n’est plus de l’ordre des mots, des concepts. Non, le sentiment d’injustice c’est cette sensation qui vous tord le bide et vous fait réagir au quart de tour. 

 

 

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C’est à partir de là que les choses dérapent. En effet, ce sentiment prend alors possession de nous et nous fait réagir. Or, cette réaction pourrait bien être salvatrice et créatrice de justice. Non, bien sur que non. Et si vous lisez cet article c’est bien que l’injustice vous fait réagir d’une manière exagérée créant même de l’injustice En effet, notre réaction « à chaud » donc pulsionnelle créé bien souvent de l’injustice aux autres.

 

L’arroseur arrosé. 

 

Se faire justice tel la loi du Talion – « œil pour œil, dent pour dent » – n’ajoute bien qu’un crédit supplémentaire  d’Injustice. En effet, cette réaction instinctive, bien souvent inadaptée nous fait nous comporter bien loin de la personne « juste » que nous aimerions être. Le comble pour une victime? Passer pour coupable. Quelle injustice!!!

Cercle infernal.

Mais ce n’est que le premier acte. En effet, l’injustice est bien un sentiment mais elle est aussi une pratique, un acte qui peut se retourner contre soi même. 

En effet, il y a bien faire preuve d’injustice envers les autres mais il y a surtout se faire injustice à soi même. Par exemple, lorsque nous sommes victime d’injustice que se passe-t-il après? Nous ruminons et nous nous infligeons une nouvelle fois de la peine. Faire preuve d’injustice envers soi c’est quelque part s’infliger, tel le tonneau des danaïdes, une souffrance perpétuelle.

 

Peines capitales

 

C’est ainsi ce que les bouddhistes appellent la double flèche. J’en ai parlé sur ce blog (L’acceptation). Pour résumer, la douleur est ce que l’on m’inflige au moment présent (on m’insulte). La souffrance est  ce que je fais de la douleur en m’infligeant la rumination, la culpabilité et une somme de comportements auto-agressifs comme manger, fumer…taper dans une porte. S’en suis le sentiment d’avoir sur-réagis : la culpabilité (si ce sentiment vous pique aussi lire ceci Sortir de la culpabilité)

Ainsi, qu’est-ce qui pique le plus. L’injustice ou le sentiment d’injustice?

Le second assurément car au final l’injustice a duré au mieux un quart d’heure là où l’injustice que nous nous pratiquons peut durer… durer… autant que durracel.

 

Ainsi, comment retrouver le pouvoir d’agir et non de réagir? Comment ne plus faire pénitence?

La réponse avec une recette à base de valeurs, d’acceptation et de compassion en deux sentences et quelques ordonnances.

 

Comment réparer l’injustice?

 

Nos comportements face à l’injustice sont-t-ils toujours épris de justice? Non, bien souvent, nous réagissons. Nous perdons lors de ces moments notre liberté d’agir. La réaction est avant tout une façon de faire céder le sentiment désagréable au fond de nos entrailles. C’est une forme d’évitement, une vaine lutte. Une façon de mieux tolérer l’injustice est alors de se libérer de cette réaction automatique et (auto) pénalisable.

Agir n’est pas réagir.

En effet, changer son regard sur ce sentiment  c’est ainsi le percevoir sous un autre angle. Et si le sentiment d’injustice était une bonne nouvelle? Je sais, je vous fais le coup à chaque fois 🙂

 

L’avion à réaction?

 

L’injustice est donc un sentiment hautement désagréable mais que se passerait-il si nous n’y étions plus sensibles ? Imaginez, un de vos collègues perçoit une augmentation pour un travail que vous avez réalisé. Vous criez à l’injustice? Vous courez voir votre patron? Non, il n’y a pas de carburant dans la machine ! En effet, si vous ne ressentez pas cette sensation désagréable, rien ne vous indique qu’il faille agir. Oui, ce sentiment est ainsi une invitation à nous rapprocher de notre valeur de justice. En ce n’est pas hasard si notre corps sécrète de l’adrénaline, ce kérosène humain. Ce n’est pas un hasard si votre corps réagit. Reste à savoir s’il réagit dans le bon sens.

 

 

 

Ainsi, je l’ai déjà abordé ici mais Heidegger nous indique que l’Homme est soucieux de nature. C’est à dire que ce qui compte, ce dont je me soucie dehors, me cause par conséquent le souci dedans. Si la justice est importante pour vous, l’injustice sera alors son pendant. Une alerte, un indicateur de déviation.

 

Changer son regard sur le sentiment d’injustice peut alors nous aider à mieux faire avec.

 

Sentiment d’injustice, présomption d’innocence

 

Ce contre quoi tu résistes existe, ce à quoi tu fais de la place s’efface disait Carl.G. Jung.  En effet, en apprenant à faire de la place à cette sensation, bien que désagréable, en apprenant à la voir arriver il nous sera possible de se libérer de cette réaction toxique.

L’acceptation est alors cette attitude à même de nous permettre de retrouver notre flexibilité, notre capacité d’agir d’une manière efficace. Faire de la place c’est consentir à ressentir cette sensation sans pour autant l’aimer.

Accepter de ressentir cela c’est alors se donner la possibilité de choisir ensuite ce que l’on en fait. Parler, écrire, attaquer si besoin? L’on parle alors de choix et non plus d’automatisme.

 

Agir tel que le justicier que j’aimerais être

 

 Par ailleurs, reconnaissons que la justice n’existe pas en soi. Elle ne peut pas s’atteindre car les choses ne sont jamais parfaitement justes, c’est un Idéal. En effet, la justice peut être rendue certes mais comment atteindre un idéal? Un Idéal inatteignable génère alors plus de frustration que de satisfaction. Cercle vicieux, à nouveau.

La justice est bien une vertu, une qualité dont on peut faire preuve, s’en rapprocher. Faire preuve de justice, incarner cette valeur dans nos actions  peut assurément nous permettre de choisir ce qui va réellement réparer la situation injuste. Et vous quel.le justicier ou justicière aimeriez vous jouer? Superman, Froid mais juste. Batman? Humain mais parfois agressif. Wonder Woman? Ferme et féminine. Incarner la justice ce n’est pas forcément l’obtenir, c’est la mettre en œuvre. De cette manière, pas de déception.

 

Joue la comme Batman

 

Sylvie était ultra sensible à l’injustice. A tel point que ses amies l’appelaient « La Batman du Bugey ». Cela faisait sourire sauf lorsqu’elles recevaient des sms acerbes pour n’avoir pas prévenu d’un retard. Cela ne les faisait plus rire du tout lorsqu’elles devaient essuyer une colère noire lorsque les discussions portaient sur des sujets sensibles (le harcèlement notamment). Avion à réaction. Ce n’était pas non plus agréable pour cette femme qui, après coup, culpabilisait du mal fait et se confondait en excuse, encore une fois.

 

 

Pour Sylvie, apprendre à décrire ce sentiment au fond d’elle même (où? quelle forme? Quelle couleur prend cette sensation?) lui a permis de mieux anticiper cette réaction et ainsi de choisir d’agir au mieux en fonction à la fois de sa valeur de justice (défendre ses droits) mais aussi de celle de respect (de ceux des autres). Percevoir que les choses ne sont pas justes en soi (ce n’est toujours qu’une interprétation), comme dans un monde parfait, lui a permis de mettre de l’eau dans le vin de la colère et d’assouplir d’une manière efficace ses relations sociales. Plus justes depuis.

Ainsi, apprendre à faire de la place est réellement une attitude qui peut nous permettre d’agir et de réparer cette injustice. L’action, choisie et flexible, nous donne de meilleures chances de remporter le procès. L’injustice est un plat qui se mange froid.

Agir avec justice c’est bien à l’égard des autres mais si l’on apprenait aussi à se rendre justice à soi?

 

Comment se faire justice?

 

Ne plus ajouter de la souffrance à la douleur

Et si la plus grand injustice était celle que l’on se faisait à soi-même? Victime des autres, bourreau de soi-même dirait Guy Corneau. Ainsi, plutôt que d’ajouter de la souffrance à la douleur, que se passerait-il si nous nous prenions en main et par la main plutôt que de se donner des coups.

En effet, reconnaitre que l’on a le droit de souffrir lorsque l’on est victime est la première marche pour se faire justice à soi même. Cette attitude s’appelle la compassion pour soi (j’en parle plus longuement ici Qu’est-ce que la compassion). Reconnaitre sa souffrance, la prendre au creux de la main et ensuite choisir de la soulager. Or, la soulageons-nous à coup de rumination judiciaire? A l’évidence non. C’est quelque chose que je retrouve souvent chez les personnes victimes, la culpabilisation « je n’aurai(sans s) pas dû » ou « j’aurai dû me défendre, je me suis laissée faire »…. des pensées qui viennent avec leur cortège de honte. Or, cette attitude plonge ces personnes dans les oubliettes des damnées.

 

Remplacer la cigüe  par le miel 

 

En revanche se glisser une chouette parole du style « je sais c’est dur, mais cela va passer » ou encore « c’est normal, ça pique » et se prendre un bon bain, se donner une belle balade en forêt. Prendre soin plutôt que remuer le couteau.

 

 

Si nous sommes si sensibles à l’injustice il y a forcément au fond de nous un souvenir plus ou moins ancien pour ne pas dire d’enfance. Se donner le droit de ressentir cela c’est alors reconnaitre qu’il y a une partie de nous qui sur-réagit. Une vieille blessure. Savoir soigner celle-ci c’est se libérer et se donner le droit de grandir.

 

Reprendre le pouvoir sur soi

 

L’injustice est aussi et bien souvent une affaire de pouvoir, d’impuissance. Il nous semble parfois difficille d’agir car nous nous sentons inférieurs. A ce sujet Étienne De la Boétie disait « ils sont grands parce que nous sommes à genoux ». Reprendre le pouvoir sur soi c’est ainsi se donner les moyens de s’affirmer et de se donner la liberté, dessein justicier, d’expression, d’agir, d’exister.

 

Ainsi, nous percevons souvent la justice d’une manière descendante et même parfois condescendante. L’institution  nous impressionne et nous rend parfois petits. Or, en apprenant à s’affirmer (voir ici) il nous est possible de prendre notre place et d’aller dans le sens de la justice. En effet, chez Platon la justice est ce qui garde à chacun.e sa part, sa place, sa fonction préservant ainsi l’harmonie hiérarchisée de l’ensemble  (république IV).

La justice peut aussi être faite d’une manière ascendante, à partir de la base. Si je suis bien avec moi, si je m’affirme et me respecte,  je permets à la justice de prendre sa place en moi. L’équité en nous participe à l’équité de l’ensemble. L’harmonie du tout commence par une harmonie avec soi.

En effet, les gens qui font preuve d’injustice sont souvent des victimes elles-mêmes. En reprenant le pouvoir sur soi l’on évite de répandre le fiel justicier. Faire du mal à l’autre c’est faire du mal à soi autant que faire le bien à soi est en faire de même à l’autre.

La psychothérapie, par sa capacité à rendre la personne sa capacité d’agir, participe un peu à cela. Si la liberté vous touche vous pouvez aussi lire cet article sur la liberté et la thérapie d’acceptation et d’engagement.

 

Se créer liberté.

 

Ainsi je terminerais avec cette phrase où au final la justice part de soi car le soi est le seul endroit où nous ayons du pouvoir.

 

Fais toi à toi-même et fais à autrui ce que tu voudrais que l’on te fasse, tel est le réel sens de la justice

Michel Onfray, feat Yannick

 

A l’avenir retenons que nous pouvons être notre propre bourreau mais aussi notre propre Super Héros!

A bientôt,

 

Yannick

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Psychologue aux multiples influences je base ma pratique de prise en soin sur la thérapie d'acceptation et d’engagement, la psychologie positive ainsi que les thérapies cognitivo-comportementales. En institution, en cabinet de ville, en formation professionnelle ou encore en tant que Blogueur ma vision de la personne en souffrance est bien celle d'une personne non pas "malade" mais plutôt "coincée": En devenir. C'est ainsi à travers une pratique mêlant psychologie, philosophie, humour et métaphores que je voue mon activité professionnelle à aider la personne à avancer vers ce qui compte pour elle.

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