Des mots, encore des mots, toujours des mots… pour que de maux !
Bonjour à toutes et à tous
Et si le langage pouvait changer votre vie ? Pour commencer voici la petite fable du mois partagée à cet effet :
Un fils est allé visiter sa mère de 85 ans dans une résidence pour personnes âgées pour l’amener se promener en campagne. A leur départ de sa chambre, il remarqua qu’elle avait oublié sa canne. « N’oublie pas ta canne, maman !» dit-il. Elle le regarda d’un air sévère et dans des termes sans équivoque, lui expliqua que ce n’était pas une canne. C’était un bâton de marche.
« Quelle est la différence ?» Demanda le fils.Elle répondit rapidement : « Une canne, cela évoque un handicap. Un bâton de marche, cela évoque une capacité. »💪Je suis capable !💪
Cette semaine j’aimerais donc vous parler de l’influence du fait de nommer les choses en santé mentale. Pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur et pour le pire en effet, car, c’est bien de cette manière que la psychothérapie soigne, tout autant que la stigmatisation blesse.
🌓 Nommer un pouvoir qui oscille entre ombre et lumière.
Nommer les choses c’est leur donner un pouvoir extraordinaire autant que maléfique et c’est bien ce que nous explique la théorie des cadres relationnels (TCR). Cette théorie qui postule que le langage est cet outil qui met en relation les choses (sons, images, évènements, personnes) entre elles et créé des liens.
Je vous montre un chat 🐱et prononce le mot « chat » et hop le tour est joué, les deux sont associés. La TCR explique aussi que le langage transfère alors une fonction. Dire « mon chaton » à l’homme de sa vie transfère ainsi une fonction ici appétitive 😻(oui il est appétissant et à croquer je sais), celle d’un animal mignon. Et bien évidemment cela fonctionne dans les deux sens car dites qu’il est un prédateur 🦅et là tout change (c’est vous qui devenez appétissante. fuyez !). Le langage change alors le plomb en or et vice versa.
Les mots et la santé mentale
Commençons par un exemple positif. Si je refume, est-ce un échec ? Non c’est un succès différé car on oublie que l’arrêt du tabac ne se fait que très rarement du premier coup ! Si j’échoue, suis-je nul ? ou bien ai-je appris quelque chose ? Un mot change et le monde en est changé.🥰
Mais le fait de nommer peut aussi précipiter les personnes dans des abbymes dont il est parfois impossible de se sortir. Dire que quelqu’un est un étranger, un arabe, un dépressif, un malade mental cela s’appelle stigmatiser. Cela fait des ravages car on réduit la personne à un simple mot en oubliant l’être qui est derrière.
👉 En santé mentale, on retrouve cela dans les expressions « elle est dépressive », « je suis anxieux », « je suis autiste» là où on pourrait aussi dire : « elle souffre de dépression », « je suis sensible au monde », je fonctionne d’une manière non typique ». Le point commun à ces exemples ? C’est qu’il y a un Je qui se montre. Un Je qui résiste à la pression du mot qui colle et résume. Ici la personne ne s’efface pas, au contraire c’est bien ce Je qui apparait et dépasse les mots. La personne est plus grande que l’étiquette et surtout elle peut se comporter aussi autrement que la dite étiquette.
👉 Oui un « dépressif » ça rigole aussi et un « autiste » a des amis.
📍Mais cette entreprise d’étiquetage ne vient pas toujours de l’extérieur. En effet, on se les colle aussi tout seul. Il arrive souvent que les personnes se définissent par leur trouble, ce qui leur donne certes une existence mais qui peut avoir de fâcheux effets secondaires. On oublie aussi qu’on existe en dehors de son diagnostic. Je n’ai jamais vu en centre de rééducation les personnes se grouper en se nommant « nous, les prothèses de hanche » là où en clinique psy on voit des groupes de Toqués, de dépressifs, de traumatisés.
D’une manière générale la stigmatisation centre le regard sur l’incapacité et rarement sur les compétences. Elle nuit donc à tout le monde même aux soi-disant valides.
📍Oui, on réduit l’autre en un « lui ce n’est pas moi alors qu’il ou elle est bien souvent aussi comme vous et moi. On enferme l’autre et on s’enferme aussi ! En effet, si l’autre n’est pas normal, on s’interdit aussi d’être comme l’autre 🥲. Stigmatiser la santé mentale c’est aussi s’interdire d’aller mal. Je ne veux pas être anormal comme l’autre. Tout le monde y perd. Vous me suivez ?
Alors on ne peut plus rien dire ?
Non, ce n’est pas qu’on ne peut plus rien dire mais il est toujours important de prendre de la distance et surtout de prendre la mesure de l’impact de ce que l’on dit à quelqu’un.
Et malgré tout on a le droit de dire t’es bête, t’es malade, t’es bipolaire, c’est la répétition et surtout l’intention d’enfermer la personne qui change. Sans quoi cela nuirait aussi à la spontanéité des relations.
Ce n’est pas parce que je dis que « j’ai un pote autiste » plutôt que « j’ai un ami qui porteur d’un trouble du spectre autistique » que je l’enferme pour autant et pour de bon. Les raccourcis peuvent aussi être bienveillants. Un peu de souplesse et de second degré chers amis.
Un mot reste un symbole qui peut prendre plusieurs significations selon les cultures, le moment, la personne, l’intention. Tout dépend du contexte.
👉 Seules comptent les conséquences de ces mots. Pour peu qu’on trouve le bon mot, la bonne façon de nommer. Soyons comme tout bon publicitaire, nommons les choses avec souplesse, les évènements, les personnes de telle sorte qu’elles soient attractives et surtout que cela permette une meilleure qualité de vie, et donc, une meilleure santé mentale.
📍Chaque mot est certainement un préjugé mais qui ne dit mot ne vit pas. Nommons, nommons bien et à défaut nommons avec amour.
Bonne semaine à toutes et à tous,
Yannick 🤘


