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Malade, la faute à qui ?

Bonjour à toutes et à tous,
 
Bienvenue pour cette nouvelle réflexion de la semaine : Et si la santé mentale faisait une erreur fondamentale ? Non pas elle, car cela ne veut rien dire, mais tous ceux qui s’y intéressent ?
 
En effet, j’eus, un jour, entendu dire le philosophe Luc Ferry qu’il était contre la psychothérapie car elle centrait les gens sur eux-mêmes. Et s’il avait raison ?
 
👉 Explication.
 
Commençons par expliquer ce qu’est l’erreur fondamentale d’attribution 🧐. C’est un concept clé en psychologie sociale fondé par Victor A. Harris en 1967 sur des travaux d’Edward E. Jones qui désignent notre tendance à expliquer le comportement des autres par leurs traits personnels plutôt que par les circonstances. Ce qui se résume par, par exemple, si j’échoue c’est de ma faute.😨
 
👉 Voici un résumé de cette célèbre expérience intitulée “Castro essay”. :
 
Des participants lisent des discours (par exemple pro ou anti un sujet comme Fidel Castro). On leur dit soit que l’auteur a choisi sa position, soit qu’elle lui a été imposée. Ainsi, même quand les participants savent que l’auteur n’avait pas le choix, ils continuent à juger que le discours reflète ses opinions personnelles.
 
Cette expérience nous montre qu’on sous-estime fortement le poids du contexte (contraintes sociales, rôle imposé) et qu’on surestime la personnalité ou les intentions individuelles. En sociologie, ce biais montre alors pourquoi on a tendance à juger les individus (pauvres, délinquants, etc.) comme responsables de leur situation, en oubliant les facteurs sociaux (inégalités, structures, environnement). Et là vous me voyez certainement arriver.😅
 
👉 Si je souffre, le coupable c’est moi ?
 
Oui, en santé mentale tout, ou presque, repose sur la personne. On cherche des médicaments, des techniques thérapeutiques, on y favorise l’introspection, la remise en question. Or force est de constater que là n’est pas la réponse. La vérité est ailleurs.🧐🧐
 
👉 Et pour cause car tout montre, ou presque, qu’on y est presque pour pas grand-chose.
 
En effet, bon nombre de recherches expliquent que la majeure partie des déterminants de la santé ne concernent que peu la personne en elle-même. 10%. Oui vous avez bien lu, selon ces recherches, les problèmes de santé sont pour 10% le fait de nos comportements individuels. Freud a donc tort : Tout ne se joue pas dans l’inconscient.
 
👉 Alors c’est la responsabilité de qui ou de quoi ?
 
Visez un peu ces chiffres totalement déroutants. 45% sont liés a des facteurs sociaux-économiques 😱, c’est-à-dire l’accès à l’emploi, à l’éducation, l’accès à des revenus décents, une alimentation saine, la culture, les loisirs ou encore aux relations sociales. Pour ce qui est de l’accès au soin (accès et remboursement) on parle ici de 15 % . Enfin on n’oublie pas les 25 % liés à l’environnement ☣ , c’est-à-dire l’exposition à la pollution ☣qu’elle soit sonore, visuelle, chimique…etc mais aussi le logement et j’en passe.
 
👉Alors ma grand-mère, si elle était encore de ce monde, me dirait : « gamin t’as fait toutes ces études pour découvrir ça ? » Oui Mamie et j’ai fait une erreur fondamentale.
 
C’est bien ce sentiment d’impuissance qui m’accompagne parfois lorsque je suis avec mes patients. Prendre en soin quelqu’un qui est harcelé, au travail ou dans son couple. Quelle est sa part de responsabilité ? Tenter d’accompagner quelqu’un qui n’a pas les revenus car les séances de psychologie ne sont pas remboursées dans un cadre qui soit sécurisé pour tout le monde (Inutile de vous parler de mon parcours Psy ici). Comment prendre en charge les personnes en situation d’obésité, lorsqu’on sait qu’une bonne part de cette maladie est liée à la pollution chimique et des politiques de santé désastreuses ? Quelle est la part de responsabilité ? 10 %.
 
Pour autant doit-on arrêter les soins ? Non loin là, sans quoi je mets la clé sous la porte. Plus sérieusement, la psychothérapie est là pour accueillir la souffrance, soigner les plaies et permettre à une personne de mieux s’adapter à son contexte. De reprendre la main sur son destin, au mieux de ce qui est possible. Et c’est déjà beaucoup.
 
10% C’est le début du changement
10% ce n’est pas 100%…de notre faute.
10% ça compte
Énormément 💪
 
Oui, 10% c’est beaucoup et ce sont ces 10% qui font qu’on peut ensuite se donner un environnement plus en adéquation avec et sa biologie et sa psychologie. Tout en ayant conscience qu’on n’est pas si fautif que ça. On fait ce qu’on peut là où d’autres pourraient faire beaucoup pour notre santé (suivez mon regard). 10% de responsabilité ce n’est pas 100% de culpabilité.
 
Voici pour cette réflexion, certes un peu vénère (je l’admets) mais qui permettra, je l’espère d’enlever un peu de culpabilité et de poids de la responsabilité sur celles et ceux qui souffrent d’affection de santé,
 
Yannick 🤘
 
PS : voici les références scientifiques : Représentation de Lalonde / Synthèse des travaux Barton et al., 2015 ; OMS, 2010 ; Cantoreggi N, et al. 2010- Pondération des
déterminants de la santé en Suisse, université de Genève ; Los Angeles County Department of Public Health, 2013 : How Social and Economic
Factors Affect Health
 
Dispo ici :
 
https://www.auvergne-rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/02-epures_fiche_determinants_janv23-2023.pdf