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Bonjour à toutes et à tous,
 
Bienvenue pour ce nouveau mot du mois, toujours au service de notre santé mentale. Ce mois-ci : Sérenpidité.
 
Séren quoi ? 😱Oui Sérendipité… autant vous dire que j’ai eu autant de mal à me faire à l’orthographe de ce mot qu’à le prononcer correctement. Selon le dictionnaire Le petit robert, il signifie :
 
👉 Capacité, aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité (scientifique, pratique).
 
Selon le dico d’Alain Rey (ma bible), c’est un emprunt francisé d’un mot anglais serendipity apparu en 1774, sous la plume d’Horace Walpole, auteur d’un conte persan, « Les Trois Princes de Serendip». Serendip, comme l’aptitude de ses trois héros, « qui faisaient constamment des découvertes, par accident ».
 
Et, selon qu’on soit patient/personne ou soignant/chercheur cette sérendipité, cette attitude à faire avec le hasard est particulièrement intéressante en santé mentale.
 

🔸On aime savoir, prévoir, contrôler, sait-on vivre ?

 
Il est commun, en santé mentale, d’accueillir des personnes en souffrance avec le fait de ne pas tout contrôler, de ne pas tout savoir ou encore de ne pas tout prévoir. On anticipe tant qu’on peut, on contrôle tant qu’on peut, on veut savoir tant qu’on peut. Et on n’en peut plus.🥵🥵 Anxiété généralisée, dépression, hypocondrie et tant d’autres problématiques de retrouvent dans cette quête d’absolue de maitrise. On s’épuise et on dépense tant d’énergie pour éteindre toute approximation qu’on en perd la raison à vouloir maitriser l’infini. Et on oublie la vie.
 
👉Le bonheur ne pas tout savoir, la joie d’avoir à tout découvrir. Eureka !
 
La sérendipité c’est ainsi apprendre à faire avec le hasard, faire avec l’erreur créatrice. Savoir apprécier et aimer l’imprévu. C’est se donner une occasion de découverte – donc ce qu’on n’a pas prévu – une occasion d’apprendre – donc ce qu’on ne sait pas. Car, notre cerveau a besoin de ça ! Apprendre, découvrir, s’émerveiller. Ainsi, notre époque numérique nous vend l’illusion du tout savoir, du tout prévoir, de la maitrise totale mais elle oublie l’émerveillement.🤩
 
La sérendipité, enseignée à l’école (l’aptitude à découvrir plus qu’à savoir), ou entrevue comme un processus psychothérapique nous permettrait alors d’avoir une attitude d’ouverture à ce qui peut se produire, à ce qui n’était pas prévu. Elle nous enseignerait que c’est bien l’erreur et le hasard qui génèrent tant de belles découvertes : pénicilline, tarte tatin, l’Amérique et … le Champagne.
 
Enseigner cette attitude c’est ainsi nourrir son cerveau (on n’a pas faim de savoir si on sait tout !) et ainsi prévenir tant de problème de santé mentale dues à cette incapacité à faire avec l’inconnu. Mais cette notion de sérendipité (10ème fois que ce mot apparait et 10ème fois que je me rate à l’écrire) serait bien aussi utile pour les soignants et autres chercheurs en santé mentale.
 

🔸Le hasard fait bien des choses

 
Lorsqu’on est soignant notre tâche est d’apprendre à découvrir notre patient. Lorsqu’on est chercheur on est formé à la découverte et à faire avec le hasard autant qu’à transformer une erreur en salvatrice découverte. Pour autant cette capacité s’amenuise avec le temps car on en vient parfois à appliquer son savoir sur les personnes, à éliminer l’erreur des données statistiques pour satisfaire l’ego. J’ai bien fait, j’ai bien su et là aussi j’ai le contrôle. 💪
 
Pour quel résultat ? Plutôt que de découvrir la personne on cherche à la faire entrer dans de restrictives cases diagnostiques. Cases qui, bien souvent, ne correspondent pas totalement à la personne et qui la réduisent à un simple acronyme : TSA, TPB, TDAH voire un code F32 (la codification de la dépression au sein du manuel diagnostic DSMV). Que dire aux USA où le diagnostic est parfois encouragé par le lobby de la chimie médicamenteuse ! On élimine un certain hasard pour se leurrer d’une hasardeuse certitude.😢
 
👉Le diagnostic comme un processus continu plutôt qu’un savoir établi, ad vitam ?
 
 
La sérendipité en santé mentale c’est ainsi faire de son patient un lieu de découverte et de singularité. C’est s’ouvrir à l’imprévu, à ce qui ne rentre pas dans les cases c’est faire confiance au hasard afin de ne pas réduire la personne à une catégorie. Ainsi, jadis déjà la sérendipité (ça y est, là je suis arrivé à l’écrire du premier coup) constituait une arme contre la philosophie rationaliste des Lumières et du scientisme de ce temps.
 
C’est aussi une idée de la cybernétique, toute théorie est vraie jusqu’à ce qu’une autre théorie la remplace. Gardons donc cela avec un esprit de découverte car, dans 50 ans, qu’est-ce j’en sais que ce que je sais sera encore un savoir ? Pas sûr.🤔
 
 
La sérendipité, c’est aussi être en capacité d’accueillir l’erreur, la différence et d’en faire des découvertes. Mais cette notion nous amènerait aussi à faire avec le subjectif, le « je ne sais quoi » cher au philosophe Jankélévitch. Ce serait ici faire avec plus d’intuition et moins de raison. Ceci n’est pas du charlatanisme car la science est aussi affaire d’intuition on dit aussi « abduction ». L’abduction étant un raisonnement par hypothèse, notamment utilisé en paléontologie, et qui fait moins la place à la logique qu’à l’intuition et le hasard ; un peu comme le ferait Sherlock Holmes. Sans pour autant verser dans le n’importe quoi, logique, intuition, une affaire d’équilibre.
 
La sérendipité c’est ainsi appliquer le hasard aux maux. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous écrivait Paul Éluard. C’est ainsi prendre rendez-vous avec l’intuition et aussi la chance, loin de la simple logique. Car, ne l’oublions jamais on ne sait pas tout. Entre un patient et un psy, il y a lors deux chercheurs qui, naviguant avec objectivité sans exclure la subjectivité, se trouvent et se retrouvent pour avancer ensemble.
 
👉 Pour terminer je citerais la chercheuse Sylvie Catellin :
 
« Sans la réceptivité à l’inattendu, sans l’attention nourrie de savoir et d’expérience du chercheur, sans la liberté imaginative, point de sérendipité, point de découverte. Tout au plus une occasion manquée et qui serait passée inaperçue. La sérendipité fait appel à l’étonnement, à l’intuition, au dialogue entre la raison et l’imagination, entre le conscient et le non-conscient. Le pouvoir de découvrir découle de cette interaction. »
Bonne semaine à tous,
 
Yannick 🤘