Psycho-Philo

Réhabiliter le courage, pour une vie riche et pleine de sens

Bonjour à toutes, Bonjour à tous,

 

Après un article sur la justice (ici), le mois dernier, j’aimerais poursuivre et filer la métaphore du super héros. Ce mois-ci abordons une vertu constitutive d’un ou d’une super héroïne: Le courage.

En effet, le courage est partout – « bon courage », « aller, courage » – et pourtant il n’est nulle part. Ce, dans le sens où il ne prend plus de forme, il passe, tel un bandeau d’information sur BFMTV.

Or, je le vois bien partout sans qu’il soit pris en considération. Lorsque je demande à mes patients de quoi il faut faire preuve pour prendre rdv ou encore accepter d’être hospitalisé en clinique psy, après quelques longues secondes ils me répondent: de courage.  Comme si ces mots sortaient de nulle part et que cela les étonnait, eux, de pouvoir en avoir. Pas moi.

Eh bien si, nous en avons du courage et en faisons preuve tous les jours. En route pour réhabiliter la fonction du courage et ses formidables bienfaits.  

 

 

 

Le courage?

 

Alors, qu’est-ce le Courage? Qu’est-ce qu’en avoir ou pas? Qu’est-ce que l’être ou pas courageux?

 

Le courage est une des quatre vertus cardinales avec la justice (prudence, sagesse) dont nous avons parlé le mois dernier. C’est même la plus importante selon André Comte-Sponville.

Le courage vient du latin cor ce qui signifie « cœur ». On y voit déjà la double implication corps-esprit. C’est ainsi une disposition à même de nous aider à faire fi des obstacles comme la peur, le danger ou encore la souffrance. Grâce à elle, nous entreprenons des actions courageuses et c’est ainsi l’apanage des Héros.

Ainsi, depuis l’antiquité, le courage est valorisé et d’autant plus moral qu’il est orienté vers les autres et surtout au service de la justice. Ceci comme le souligne Confucius:

 

« Le courage consiste à faire ce qui est juste »

Confucius

 

Ainsi, après cette brève définition vous comprenez pourquoi c’est une vertu capitale dans notre vie. Elle est aussi importante pour moi en psychothérapie car c’est elle qui aide à faire face aux difficultés. Et on sait que la vie nous en réserve, tout les jours.

C’est tout naturel alors de disserter sur cette vertu qu’est le courage.

 

Bonne ou mauvaise vertu?

 

Avant d’avancer plus loin il est important d’observer que le courage n’est pas bon en soi, il le devient par son but. En effet, il sert autant l’Homme de mal que l’Homme de bien, le terroriste que l’altruiste. L’expression Bon courage n’a au fond qu’un sens où elle sert des intérêts nobles… tout est relatif donc.

 

Pourquoi le courage?

 

Notre époque en manque. On passe son temps à éviter les obstacles, on nous enlève toute possibilité de courage avec un funeste éloge de la facilité. En effet, le courage est consubstantiel de la difficulté, des obstacles, des grandes causes.

 

 

Or, les assistants personnels nous facilitent la vie, l’être humain passe désormais son temps à enlever, par la technique, les difficultés qui lui ont depuis tant d’années permis de s’élever et de toucher son Graal: l’autonomie.

Restaurer le courage c’est se mettre à affronter, à nouveau, ce qui nous fait peur, gravir les sommets. C’est de cette façon que nous retrouverons estime, confiance et identité. Céder aux sirènes de la facilité consumériste, à défaut de nous élever, nous entraine alors dans les profondeurs de l’oubli de soi.

Affronter la difficulté, la peur et la souffrance est ce qui donne un sens à nos vie. Le courage est donc cet artefact qui, par l’action et l’agir, nous élève et nous permet alors de nous retourner et dire: Je l’ai fait. En cela le courage n’est plus réservé aux Héros mais bien plus relatif à l’héroïsme. Sénèque n’en dit pas moins quand il écrit que « faute d’adversaire, le courage s’étiole »

 

Just do it

 

Restaurer le courage c’est par conséquent restaurer les grandes causes qu’elles soient à l’échelle de l’espèce ou bien à celle de l’individu: chacun son Everest.

Je croise souvent des personnes qui, arrivées à la quarantaine, se réveillent et se lancent des défis. Se prouver qu’elle peuvent le faire. Or, dans cette soudaine et subite urgence ne s’écoule rien d’autre que la vie. Le réveil d’une pulsion de vie endormie, anesthésiée par une quotidienneté et tant de temps passé à se simplifier l’existence.

Vous l’aurez compris ce qui semble bon intuitivement ne l’est malheureusement pas au final.

Réhabiliter le courage, la vertu de toutes les vertus, c’est réhabiliter la peur, retrouver ses rêves de grandeur et, par conséquent, se doter du moteur, du mobile à même de nous permettre de réussir notre Vie.

 

One ring to rules them all

J.R.R Tolkien

 

 

Permettre de réussir sa vie c’est bien souvent le créneau de tout les magazines de développement personnel, c’est également  et modestement mon quotidien de psychologue. En quoi la psychologie est elle même au service de cette magnifique vertu? Poursuivons.

 

Comment? Le courage en psychologie

 

La psychologie de par ses outils a quelque part pour finalité de permettre à la personne de faire face à ses obstacles, que ce soit de vieux démons, comme la peur mais aussi des difficultés de vie (deuil, divorce). En ACT (En savoir plus sur l’ACT ici) nous dirions avancer en direction d’une vie riche et pleine de sens.

Plus précisément l’ACT est une thérapie du courage. Explications.

En effet la thérapie d’acceptation et d’engagement cherche à développer la flexibilité psychologique. Soit, la capacité à  agir en direction d’un but choisi en dépit des obstacles intérieurs (pensées, émotions, sensations). Ceci en travaillant des processus entre autres comme:

  • L’acceptation (faire de la place à nos émotions)
  • L’identification de nos directions de vie (les valeurs)
  • Le moment présent
  • L’engagement (agir)

 

La psychothérapie une allégorie du courage?

 

Le courage est donc la capacité à faire face au danger et à surmonter notre animalité (fuir, se figer ou attaquer ). Lâcheté et  témérité. En ACT les réactions animales sont représentées par nos réactions automatiques qui, d’une manière pulsionnelle et rigide, nous éloignent de ce qui compte pour nous (repousser au lendemain, faire de l’évitement, fumer).

 

Agir

 

Apprendre à modifier sa façon d’agir c’est alors choisir de s’engager et d’agir malgré nos émotions bloquantes. Nous apprenons à agir face aux obstacles plutôt que réagir (tel l’animal).  L’action est ainsi le maître mot de l’ACT mais aussi du courage tel que nous le rappelle Vladimir Jankélévitch:

 

Le courage n’est pas un savoir mais une décision, pas une opinion mais un acte

Vladimir Jankélévitch

 

Faire avec les obstacles intérieurs

 

En cela, le courage suppose quelque chose à dépasser.  La difficulté est donc légitime  puisqu’il ne peut y avoir de courage s’il n’y a pas de difficulté qu’elle soit intérieure ou extérieure. C’est alors ce que nous appelons l’acceptation (lire ici sur faire avec ses émotions). C’est ainsi la capacité à reconnaître  nos émotions et sensations désagréables (les nommer, les décrire) et ainsi à leur faire de la place. Consentir à les ressentir sans forcément chercher à les supprimer et pourquoi pas les rendre utiles (la peur pour se protéger par exemple).

 

Eolepsy le courage

Instant présent

 

Le courage suppose le moment présent (lire ici sur le pouvoir du moment présent) car le courage n’existe qu’au présent. André Comte-Sponville explique alors qu’il ne peut y avoir de courage du futur (je serai courageux) ou du passé (j’ai été courageux). Non, seul compte ce moment précis où nous choisissons, en pleine conscience, d’affronter le danger. L’ACT est une thérapie basée sur la pleine conscience: thérapie du moment présent.

 

Le courage est l’intention de l’instant en instance

Vladimir Jankélévitch

 

Morale et but de vie

 

Enfin, le courage suppose l’engagement en direction des valeurs sans quoi le courage ne serait pas moral puisqu’il pourrait servir quelques funestes desseins, nous l’avons vu. Les valeurs (lire ici sur éclaircir ses directions de vie) sont, en ACT, comme des directions de vie. Elles donnent sens à nos actions. Travailler c’est bien mais sans but? Travailler pour faire preuve d’altruisme donne aussitôt une autre vision. Une vision à même de nous donner le courage d’affronter cette difficulté Travail… du latin tripallium… la trépanation 😉

 

Valeurs, dépassement de soi, action et moment présent font de cette thérapie (mais uniquement elle je suis d’accord 😉 une métaphore de la capacité qu’a la psychologie à restaurer la personne dans ce qui a  fait l’Humanité: le courage de ses Êtres.

Qui est le vrai héros? Celui qui a le plus de courage contre soi même. Or comme souvent c’est bien la conception du courage qui nous fige. Suite et fin.

 

Découragés?

 

Être ou pas courageux?

 

Être ou pas courageux n’a pas de sens tel que présenté. En effet, le courage a trait à l’action et non à l’être nous l’avons vu. Courageux nous n’avons pas à l’être mais bel et bien à l’incarner. Être courageux signifierait que nous le serions tous le temps? Non, c’est une affaire d’instant instantané, faire preuve de courage est alors plus proche de la réalité.

De plus, être courageux nous fige dans une rigidité Shakespearienne, être ou ne pas l’être. Ce tout ou rien ne supporte pas la nuance nécessaire à l’action juste et adaptée au contexte. Faire ou pas preuve de courage.

Le courage n’est alors pas un objectif binaire mais ici une qualité à déployer contre vents et marées.

Héros du quotidien

 

Si le courage a besoin d’être réhabilité c’est bien qu’il a été découragé d’exercer. Oui, force est de constater qu’il parait prétentieux aujourd’hui ou encore, à l’opposé, considéré comme « normal». En effet, si, comme nous l’avons vu,  il est le dépassement des obstacles, pourquoi ne pas revaloriser le courage de la vie quotidienne?

Revaloriser, en thérapie d’acceptation et d’engagement, c’est prendre conscience que quoi que l’on fasse, nous incarnons une valeur. Une fois valorisées, ces actions prennent une toute autre dimension (vu plus haut), elles comptent. Elles nous renforcent.

Exemple: en rédigeant cet article je fais preuve d’application et de créativité.

 

Eolepsy le courage

 

Qu’en est-il des actions les plus rébarbatives, celles dont nous n’avons pas envie et que nous réalisons malgré tout?

Réhabiliter cette vertu c’est alors accepter qu’elle se niche dans tant d’actions de la vie quotidienne.

  • Élever des enfants? Normal? Non, courageux.
  • Contracter un emprunt sur 25 ans? Facile? Non courageux.
  • Arrêter de fumer, perdre du poids…aller chez le psy? Tranquille? Non, non et non. Courageux toujours.
  • Supporter sa belle mère? Joker 😉

Le saut d’obstacle c’est ce que l’on fait de mieux depuis 400 millions d’années et…

 

Le courage est le prix de la dignité

Pierre Billon

 

Courageux mais pas téméraires

 

Enfin, notre conception du courage coince dans cette expression « courageux mais pas téméraire ». Être téméraire c’est agir sans la peur, là est bien le problème. Ce n’est qu »inconscience et ruine de l’âme (ce que sont tous les terrorismes). Sans perception de la peur qui laisserait son garçon bien que courageux aller chercher le pain en traversant la route?

Le courage, lui, suppose bien une peur. Il n’existe que pour elle car sans elle, sans sa perception, nous sommes, tel le lapin, réactifs..téméraires…surtout lorsqu’il traverse la route 😉

 

 

Le courage est alors, à mon sens, cette vertu  qui à la fois peut nous faire Homme et Femme mais aussi celle qui peut nous aider à tutoyer nos rêves (réhabiliter les rêves? lire ici). 

Ainsi, le vrai héros est réellement celui ou celle qui, chaque jour, fait preuve de courage afin de ne pas se laisser aller à la facilité d’une vie sans mouvement. Le courage de devenir soi.

 

Par la vertu du courage tu deviendras toi.

 

Eolepsy le courage

Rendez-vous le mois prochain pour le dernier volet de ce triptype sur les Héros.

Yannick

 

Psychologue aux multiples influences je base ma pratique de prise en soin sur la thérapie d'acceptation et d’engagement, la psychologie positive ainsi que les thérapies cognitivo-comportementales. En institution, en cabinet de ville, en formation professionnelle ou encore en tant que Blogueur ma vision de la personne en souffrance est bien celle d'une personne non pas "malade" mais plutôt "coincée": En devenir. C'est ainsi à travers une pratique mêlant psychologie, philosophie, humour et métaphores que je voue mon activité professionnelle à aider la personne à avancer vers ce qui compte pour elle.

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