ACT,  Psycho-Philo

De la nécessité d’avoir un Super-Héros dans sa vie

Bonjour à tous,

 

Terminons ce mois-ci notre triptyque du Super-Héros et leur bienfait que ce soit en psychothérapie ou simplement dans notre vie. Alors, en quoi les super-héros peuvent nous être utiles pour avancer dans la vie? Thèse, antithèse, synthèse, c’est parti.

 

 

Super héros, la décadence des modèles

 

Alors que de tout temps les héros ont guidé l’être humain, de nos jours nous les brûlons sur l’autel de la vindicte populaire. Pour preuve le sort réservé au chef de la nation, aux professeurs, à Dieu. Pourquoi tant de haine?

L’époque est bel et bien au ni dieu ni maître nihiliste Nietzschéen. Plus personne ne veut incarner un modèle et plus personne n’en veut. Est-ce tenable, est-ce souhaitable ? Pas sûr.

En effet, on pourrait bien penser que le fait de brûler ses idoles soit une partie du problème existentiel qui nous concerne:

 

 

Qui suis-je, où vais-je et que vais-je devenir?

 

 

Homme-Femme, Athée-Croyant, Jeune-Vieux. Nous déconstruisons nos modèles sans pour autant en inventer d’autres. Nos héros sentent désormais la cire surannée du siècle passé.

Pour preuve, il y a quelques dizaines d’années, le modèle était hiérarchique, prescriptible et reproductible.

Mon fils (Ma fille), tu seras charpentier comme ton père, tu habiteras le village, là où on t’a trouvé un terrain, tu te marieras avec untel, ton fils s’appellera Paul et enfin, que tu sois d’accord ou non tu iras à l’église. Le poids du héros, du modèle, du patriarche était alors de « droit divin ».

 

Je suis ton père

 

Point final, la vie était tracée: Shut up and Walk the line.

Qu’observe-t’on en un clin d’œil temporel à l’échelle de la société humaine? Cet Humain habitué depuis tant de temps à suivre des codes est ainsi invité à ceci:

Sois l’homme ou la femme que tu veux, peut-être même les deux si tu veux, fais sauter les modèles, appelle ta fille comme tu veux, élève-là comme tu veux…mais surtout sois quelqu’un: Être ou ne pas être, telle est La tyrannie existentielle de cette époque.

En effet, il n’y a jamais eu autant de pression sur l’identité (magnifiques réseaux sociaux) et nous n’avons jamais eu aussi peu de repères pour avancer. Le modèle n’est alors plus vertical mais bel et bien horizontal, participatif et sans repère fixe.

 

Je suis ton pair

 

Bien évidemment la solution n’est pas dans un réactionnisme à la Pétain – le « travail famille patrie » judéo-chrétien – mais Mai 68 et son « jouir sans entrave » n’a pas produit de meilleurs résultats. Simple constatation, l’être humain encaisse mal un changement aussi radical et en si peu de temps.

Le matin « fais ce que je dis de faire car c’est bien», le soir « fais de ce que tu veux mais fais le bien ». Just do it… tu parles.

Ainsi, après un bref état des lieux, observons en quoi restaurer les modèles, restaurer les super-héros peut être une bonne et une mauvaise chose avant de peut-être (comme toujours dans ce blog) y trouver le Tao existentiel: la voie du milieu.

 

Pourquoi est-ce nécessaire?

 

Un point de départ.

 

Nous l’avons vu, démarrer dans la vie sans un « patron » au sens couturier du terme c’est comme commencer de rien. Le sourde et  subtile angoisse, puisque je suis pourtant libre de faire ce que je veux, me prends au tripe telle l’angoisse de la feuille blanche.

Le super-héros est alors un point de départ. C’est alors un modèle que l’on me donne et sur lequel, tel un tuteur, l’on peut se tutoyer et s’étayer.

Ce super-héros n’a pas à être parfait car tel n’est pas sa fonction ici. En effet, lisez ou relisez la mythologie grecque vous verrez que les Dieux Grecs ne sont pas parfaits.  Zeus est juste un pédophile, infanticide, adultérin multiple et c’est tout de même le Dieu des Dieux.

 

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Un point de départ sert alors de modèle, à la fois pour commencer mais aussi pour créer une verticale dans un monde naturel vierge de repère et ainsi mieux tendre vers la lumière.

 

Je suis ton repère

 

En effet, en randonnée, un modèle permet l’élévation. Le super-héros c’est celui qui représente l’idéal vers lequel tendre. Celui que l’on aimerait être et dont nous pouvons nous inspirer, même si nous savons que nous ne  serons pas lui. Ce processus, en psychologie s’appelle l’identification. En effet, s’identifier à quelque chose c’est quelque part se créer une existence: c’est le socle de l’identité. Or, qu’on le veuille ou non, cette identité se forge dans l’altérité de son héroïque alter égo.

 

 

C’est le cas dans l’enfance, combien de garçons ont commencé le foot avec Olive et Tom, combien de petites filles ont grandi en voulant devenir princesse Sarah. Avec mes références certes, songez alors quelques instants aux vôtres. Combien d’adolescents ont peu à peu démarré la vie avec le Che, Françoise Sagan? Je ne vous parle pas du succès d’Harry Potter.

 

 

A l’inverse l’absence de super-héros nous livre à l’infini, tel les ados qui face au champ des possibles ne finissent par ne pas choisir. L’auto-détermination a ses limites. Sartre disait que nous faisons de nous ce que d’autres ont fait de nous. Réhabiliter le super héros c’est alors prendre conscience d’un point de départ mais aussi s’affilier, faire de la racine. Les héros ce sont aussi notre histoire, notre culture… d’où émerge la fleur de Soi.

Ce point de départ est également essentiel pour notre cerveau. En effet, les super héros nous montrent comment faire dans la vie. C’est de loin la meilleure façon d’apprendre, par imitation. Notre cortex cérébral enregistre alors des informations, une carte inconsciente des usages du monde à travers cette imitation du super-héros.

 

Se connaître

 

Une fois le monde muni de repères il devient alors plus facile de se trouver et par conséquent de se connaître.

Mais, Connais-toi toi-même disait Socrate. Sympa ce Socrate mais comment fait-on pour se connaitre sans un miroir?

C’est ce que nous enseigne également le fameux dilemme de maître et du serviteur d’Hegel. En effet, le maître permet à l’élève de se connaître par altérité, par effet miroir. J’ai pour Super-héros par exemple mon père ou Superman (ce qui est la même chose pour un enfant) mais je me rends compte, peu à peu que je ne suis pas comme lui.

Cette différence est alors la source même de l’existence. Rappelons qu’exister vient du latin existere, «se manifester». Reconnaitre une différence d’avec le modèle c’est alors se découvrir car, croisement génétique d’avec la mère, nous ne sommes jamais identiques à l’un de nos deux parents. Jamais identiques à nos super-héros.

 

Un point à dépasser

 

Le super-héros, qu’il soit un idéal parental ou littéraire nous sert ainsi à grandir, à nous connaître. Il sert également à nous élever, soit à dépasser nos propre limites: dépasser le modèle pour soi-même devenir super-héros.

C’est ainsi le second temps du maître et du serviteur d’Hegel où peu à peu, l’oiseau sort de son nids et part affronter le héros et, tel Luc, qui marche dans le ciel, en vient à vouloir marcher sur son père. N’y voyez pas là quelques velléités parricide à la Freud mais plutôt le fait qu’un modèle est toujours amené à être dépassé, amélioré. C’est par ailleurs dans ce désir de faire mieux que l’on se sent pousser des ailes pour advenir à soi-même et enfin exister.

 

 

 

Ainsi, se donner et accepter un super-héros que ce soit son père, sa mère, Wonderwoman ou Simone Veil, c’est se placer sur le chemin séculaire de l’existence qui depuis la nuit des temps permet à l’être humain de s’améliorer et d’améliorer le monde.

 

De l’animal à l’Humain

 

Reprenons ici le maître et le serviteur. Hegel nous explique que cette disposition, pourtant d’apparence servile, est le nécessaire passage pour naître à soi. Elle signe le passage de l’animale condition de nos débuts (manger, dormir, se reproduire) à l’Humanité de notre fin.

 

Le serviteur dépasse le maitre

 

 

Le super héros est celui qui nous donne l’horizon à dépasser puisque cette condition de serviteur ne nous est pas confortable, nous avons alors le désir de grandir (de nous élever) et de dépasser ce modèle. En cela le Super-héros sert de trampoline pour aller au delà de soi et par conséquent le super-héros que nous n’aurions jamais pensé devenir. « I did it » dirait Dora.

Or, ce processus d’identification n’a pas que des bons effets au vu de l’état du monde.

 

Observons maintenant en quoi trop de héros tue les héros et l’être Humain.

 

 

Pourquoi cela peut-il être néfaste?

 

 

Trop de super-héros tuent les héros en devenir. Le problème n’est pas tant le héros que le rapport que nous entretenons à lui. Tel les moutons de Panurge, suivre, coller, idolâtrer est alors une forme d’asservissement.

 La rigidité de ce rapport est alors à l’opposé du travail précédent, à savoir se connaître par la voie à suivre mais aussi par celle à rejeter. Ici avoir un rapport fixe au super héros c’est s’effacer à son profit, tel le peuple qui élit un homme à qui il voue admiration et allégeance pour le voir se transformer en dictateur) . Dans ce sens il faut bannir les héros castrateurs et dévalorisants.

 

 

L’idéal castrateur

 

 

Le super héros devient un problème lorsqu’il devient un idéal castrateur de nos actions. Une prise de pouvoir sur soi. Les super-héros en tant qu’idéaux indépassables sont néfastes parce qu’ils nous renvoient à notre imperfection et nous nous culpabilisons de ne pas être des super-héros. Comment exister face à la perfection? Or, un vrai super-héros n’est jamais parfait, seuls les dictateurs le paraissent.

 

 

Les super héros ne sont donc pas à prendre comme modèles à appliquer stricto sensu. Platon et l’idéal platonicien c’est génial à lire mais ne sortez surtout pas dehors avec. En effet vous n’êtes pas prêt de manger de gâteau au chocolat idéal.

 

Soumission

 

Être fan c’est bien mais, vous en conviendrez, être fanatique sent plus la négation que l’affirmation de soi. Coller au héros du Che, de Jésus ou autre est du même acabit : c’est d’une rigidité qui fixe l’identité au stade infantile (au plus proche de l’animal donc), ils sont alors grands parce que nous sommes à genoux dirait La Boétie.

Le fanatisme est alors un frein à l’identité, à l’existence et le moteur de l’asservissement.

 

 

Du bon usage du super héros 

 

 

Le modèle est alors comme un phare, il est là il est grand, il brille. Il est là mais si nous le suivons aveuglément nous nous échouons au pied de cet édifice de roche et de lumière. Au milieu de la tourmente, il est là parce qu’il éclaire le chemin.

« On peut trouver le bonheur même dans les moments les plus sombres… Il suffit de se souvenir d’allumer la lumière. »

Dumbledore, Le Prisonier d’Azkaban

 

 

Il est un point qui n’est pas de fuite mais bel et bien de Salut. Il est un point de repère qui nous indique la voie pour découvrir que la carte n’est pas le territoire de notre soi. Le soi se gagne, se découvre, se mérite à base de courage, de justice, de vertus et valeurs.

Ainsi et enfin, le super héros  a pour fonction l’émergence de l’identité.

Depuis l’infini, vers l’infini et au delà

Buzz l’éclair feat Yannick

 

 

Se servir des Super Héros

 

Le Super-héros est bel et bien la métaphore de la thérapie d’acceptation et d’engagement (savoir ce qu’est l’ACT, lire ceci) . Avancer vers une vie riche et pleine de sens avec nos souffrances et dans l’instant présent. Comment l’utilise-t-on ?

 

Valeurs et directions de vie

 

Le super héros est ce personnage qui incarne ce que nous aimerions être. Or, derrière ce « ce que nous aimerions être » se cachent des qualités, des valeurs. Les valeurs, j’en parle souvent ici (éclaircir ses directions de vie), sont des directions de vie qui qualifient et guident nos actions. 

Perdu au milieu de l’océan après un événement  difficile ou encore lors de cette fameuse crise la quarantaine, il est bon de retrouver du sens, une direction à nos actes. Ainsi, une façon de trouver ces existentielles valeurs est alors de choisir ou trouver le super-héros, le modèle qui nous touche.

 

La personne que j’aimerais être.

 

De cette façon  ses valeurs émergent des flots tels Poséidon sorti des profondeurs Océanes avec cette phrase.

  • De quoi mon héros fait-il preuve ?

De courage (lire cet article sur ce sujet), de justice (faire face au sentiment d’inustice), de compassion (ici aussi :-)? Ce n’est alors que le début de ce qui va définir nos directions, ce dont j’aimerais me rapprocher.

 

Joue la comme…

Connaitre ses directions de vie et ses valeurs c’est bien mais ce n’est pas agir. Or, ce qui qualifie tout de même un héros, ce sont ses actes héroïques et lumineux. Actes de la vie quotidienne mais aussi ceux dont on se souvient toute sa vie.

 

 

Lorsque vous serez en difficulté ou face à un choix difficille peut-être pourriez-vous vous dire:

 

  •  «  Que ferait la personne que j’aimerais être ? »

 

ou encore 

 

  •  » Joue-la comme (votre super-héros) » …  « Joue-la comme Simone Veil » …..« Joue la comme Baloo »..

 

De cette façon le modèle sert de point de réflexion pour une fois de plus agir vers cette vie riche et pleine de sens, une vie de super-héros!!

 

 

Ainsi se termine cette trilogie consacrée à l’héroïsme de la vie quotidienne. J’espère qu’elle vous a plu et qu’elle a pu vous aider, ou qu’elle vous aidera telles les étoiles Vaianna à vous guider, que la mer soit d’huile ou de tourmente.

 

Quel la force soit avec vous!

 

Yannick

 

 

Psychologue aux multiples influences je base ma pratique de prise en soin sur la thérapie d'acceptation et d’engagement, la psychologie positive ainsi que les thérapies cognitivo-comportementales. En institution, en cabinet de ville, en formation professionnelle ou encore en tant que Blogueur ma vision de la personne en souffrance est bien celle d'une personne non pas "malade" mais plutôt "coincée": En devenir. C'est ainsi à travers une pratique mêlant psychologie, philosophie, humour et métaphores que je voue mon activité professionnelle à aider la personne à avancer vers ce qui compte pour elle.

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